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1 octobre 2026A propos de l’enseignement supérieur privé…

Alors que le secteur privé concentre environ 26% des étudiants en France, les polémiques se sont multipliées au sujet de l’enseignement supérieur privé. Il me semble donc important de préciser certaines choses.
Il est en effet essentiel de savoir qu’il existe en réalité 2 types d’enseignements supérieurs privés en France.

- L’enseignement supérieur privé à but non lucratif, ou « privé sous contrat » (avec L’Etat)
- Il est constitué d’établissements supérieurs reconnus par l’Etat.
- Cette reconnaissance fait suite à un audit de l’école par l’Etat, elle est publiée au Journal Officiel. Elle permet à l’école de solliciter des subventions de la part des pouvoirs publics. Et surtout, elle permet de recevoir des étudiants boursiers de l’Etat.
- Ces établissements peuvent alors délivrer :
- Des diplômes visés par l’Etat (après examen du diplôme en question par une Commission) : certains Bachelors ou BBA par exemple.
- Des diplômes ayant la reconnaissance d’un grade universitaire (« reconnu grade de licence » ou « reconnu grade de master »)
- Cependant, pour délivrer un diplôme national comme une Licence ou un Master, ils doivent obligatoirement passer une convention avec un établissement public. Cela concerne notamment les universités catholiques.
- Cette reconnaissance par l’Etat concerne principalement les « instituts catholiques » (comme La Catho de Lille), des écoles de commerce-management ou des écoles d’ingénieurs privées.
- Dans l’immense majorité des cas, les formations proposées par ces établissements recrutent via Parcoursup.

2. Zoom sur le Label EESPIG
« EESPIG » pour Etablissement d’Enseignement Supérieur Privé d’Intérêt Général
Il s’agit d’un Label d’Etat, qui certifie qu’un établissement supérieur privé à but non lucratif participe aux missions de service public de l’enseignement supérieur, à savoir : gestion désintéressée / caractère non lucratif de l’activité / missions de recherche, de diffusion de la culture, de coopération internationale etc. Bref, ce label reconnait les établissements ayant une gestion que l’on pourrait qualifier de sérieuse.
Ainsi, 64 établissements français sont reconnus EESPIG à ce jour . On y trouve principalement des grandes écoles de commerce-management et des écoles d’ingénieurs privées. Par exemple :
- l’Institut Catholique de Lille ( = La Catho) dans son ensemble / L’ICP – Institut Catholique de Paris …
- EDHEC BS / SKEMA BS / IESEG / EM Normandie / ESSCA etc
- JUNIA – HEI, ISA, ISEN / ICAM / EFREI Paris / ESTACA Paris / UNILASALLE Beauvais etc
Au 1er janvier 2024, les EESPIG réunissaient plus de 180 000 étudiants, soit près de 6% des étudiants français.

Ce label est donc une garantie supplémentaire sur le sérieux, non pas d’une formation, mais de l’établissement privé qui porte la formation. Cependant, il ne remplace par les autres reconnaissances académiques qui, elles, porteraient sur la qualité de la formation, des programmes, de la recherche etc (comme l’habilitation par la CTI pour les écoles d’ingénieurs, ou la Reconnaissance au grade de Licence pour des formations d’écoles de commerce)

3. L’enseignement supérieur privé à but lucratif.
- C’est sur celui-ci que portent un certain nombre de polémiques, notamment à cause de certaines « dérives », d’une mauvais « lisibilité des formations », d’établissements mis en liquidation judiciaire en laissant leurs étudiants totalement désemparés (ex. d’une école de Rennes récemment)
- Il faut savoir que près de la moitié des étudiants du privé suivent leurs études dans un établissement du secteur privé lucratif.
- Ces établissements ne sont pas du ressort des autorités, il s’agit de ce que l’on appelle le « privé hors contrat », sous entendu « hors contrat avec l’Etat » =>Actuellement, ces établissements ne sont généralement pas reconnus par l’Etat, et les formations qu’ils proposent ne le sont pas non plus. On se retrouve donc ici dans une sorte d’espace très flou, au sein duquel n’importe qui peut créer son école et ses formations, en y mettant n’importe quoi….

- Ce qui ne signifie pas pour autant que tous ces établissements sont à éviter, certains proposent des formations très sérieuses et sont même plutôt bien réputés auprès des professionnels et des entreprises. On pourra y trouver notamment de nombreuses formations « certifiées RNCP » (voir mon article sur la reconnaissance des titres et diplômes)

Il est cependant essentiel de bien comprendre ce que cela implique, pour les formations que portent des écoles et pour leurs étudiants :
- pas de visa de l’Etat (ce qui aura des conséquences sur une éventuelle poursuite d’études)
- pas de reconnaissance, au grade de Licence ou de Master, des diplômes proposés (ce qui limitera considérablement les poursuites d’études notamment après Bac+3)
- pas de possibilité d’obtention de bourses CROUS pour les étudiants,
- pas forcément la possibilité d’obtenir des bourses Erasmus+ dans le cadre de mobilités internationales,
- pas forcément d’équivalence en crédits ECTS et donc de poursuites d’études possibles en dehors de l’école en question …
Trois points à savoir à propos de ces établissements :
- Au sein de ces établissements, on trouvera de tout, en terme de qualité de formation : du bon, du moyen et du carrément mauvais. C’est clairement leur réputation et leur reconnaissance auprès des professionnels qui fera la valeur du diplôme.
- Quand ils préparent à des diplômes officiels, comme les BTS, ces établissements doivent respecter le programme officiel, mais pas forcément les modalités d’examens, ni les méthodes pédagogiques (cours en distanciel par ex.). Et pour toutes leurs autres formations, ces établissements jouissent d’une très grande liberté sur le contenu pédagogique, les modalités de sélection, le choix de leurs « enseignants » et la durée de la formation.
- Bien sûr, ne recrutant pas via Parcoursup pour les formations en initial (pas par choix, mais parce qu’ils n’en ont pas le droit), il est facile pour ces établissements de construire leur stratégie marketing autour de cet argument :
- Moins de stress, une sélection « en douceur » au fil de l’année de Terminale, bref un recrutement plus « humain ».
- Certains n’hésitent pas non plus à enjoliver ou déguiser la réalité, quand vous les interrogez sur les diplômes et leur reconnaissance, sur les poursuites d’études possibles. Ainsi, on vous dira souvent que le diplôme délivré est « reconnu par l’Etat » alors qu’il ne s’agit que d’une formation débouchant sur un titre recensé au RNCP => en clair, elle débouche sur un titre professionnel qui existe en France mais qui ne correspond pas à un vrai diplôme. (ce qui n’est peut-être pas fondamentalement un problème, sauf si vous l’ignorez et que vous ne savez pas pourquoi vous allez payer, parfois fort cher…)
- Et c’est vrai qu’il est nettement plus facile d’intégrer ce type de formation, à partir du moment où vous êtes prêts à en payer le tarif.
Néanmoins, un certain nombre de ces établissements privés sont reconnus par les professionnels, et pourront être une excellente solution pour certains profils de jeunes, recherchant une autre forme de pédagogie, à condition de faire ce choix en connaissance de cause .

En conclusion, dans ce domaine, l’Etat souhaite renforcer la lisibilité de l’offre de formations supérieures, en créant a priori 2 niveaux de reconnaissance des ETABLISSEMENTS SUPERIEURS, et non des FORMATIONS. C’est prévu pour 2027, normalement.
A suivre, donc …





